samedi 26 avril 2008
mercredi 5 mars 2008
L.V.E. chant anglais
Twinkle, twinkle, little star.
How I wonder what you are !
Up above the world so high,
Like a diamond in the sky,
Twinkle, twinkle, little star.
How I wonder what you are !
Brille, brille, petite etoile !
Dis-moi, dis-moi, qui tu es.
Tout en haut du firmament
Tu as l'éclat d'un diamant.
Brille, brille, petite étoile !
Dis-moi, dis-moi, qui tu es.
dimanche 10 février 2008
La chèvre de M. Seguin A DAUDET
À M. Pierre Gringoire, poète lyrique à Paris.Tu seras bien toujours le même, mon pauvre Gringoire ! Comment ! On t’offre une place de chroniqueur dans un bon journal de Paris, et tu as l’aplomb de refuser... Mais regarde-toi, malheureux garçon ! Regarde ce pourpoint troué, ces chausses en déroute, cette face maigre qui crie la faim. Voilà pourtant où t’a conduit la passion des belles rimes ! Voilà ce que t’ont valu dix ans de loyaux services dans les pages du sire Apollo... Est-ce que tu n’as pas honte, à la fin? Fais-toi donc chroniqueur, imbécile! Fais-toi chroniqueur ! Tu gagneras de beaux écus à la rose, tu auras ton couvert chez Brébant, et tu pourras te montrer les jours de première avec une plume neuve à ta barrette... Non? Tu ne veux pas?... Tu prétends rester libre à ta guise jusqu’au bout... Eh bien, écoute un peu l’histoire de la chèvre de M. Seguin. Tu verras ce que l’on gagne à vouloir vivre libre.
M. Seguin n’avait jamais eu de bonheur avec ses chèvres. Il les perdait toutes de la même façon : un beau matin, elles cassaient leur corde, s’en allaient dans la montagne, et là-haut le loup les mangeait.Ni les caresses de leur maître, ni la peur du loup, rien ne les retenait. C’était, paraît-il, des chèvresindépendantes, voulant à tout prix le grand air et la liberté.Le brave M. Seguin, qui ne comprenait rien au caractère de ses bêtes, était consterné. Il disait :– C’est fini ; les chèvres s’ennuient chez moi, je n’en garderai pas une.Cependant, il ne se découragea pas, et, après avoir perdu six chèvres de la même manière, il en achetaune septième; seulement, cette fois, il eut soin de la prendre toute jeune, pour qu’elle s’habituât à demeurer chez lui.Ah ! Gringoire, qu’elle était jolie, la petite chèvre de M. Seguin ! Qu’elle était jolie, avec ses yeux doux, sa barbiche de sous-officier, ses sabots noirs et luisants, ses cornes zébrées et ses longs poils blancs quilui faisaient une houppelande! C’était presque aussi charmant que le cabri d’Esméralda, tu te rappelles,Gringoire? Et puis, docile, caressante, se laissant traire sans bouger, sans mettre son pied dans l’écuelle.Un amour de petite chèvre... M. Seguin avait derrière sa maison un clos entouré d’aubépines. C’est làqu’il mit la nouvelle pensionnaire. Il l’attacha à un pieu, au plus bel endroit du pré, en ayant soin de luilaisser beaucoup de corde, et de temps en temps, il venait voir si elle était bien. La chèvre se trouvaittrès heureuse et broutait l’herbe de si bon coeur que M. Seguin était ravi.– Enfin, pensait le pauvre homme, en voilà une qui ne s’ennuiera pas chez moi !M. Seguin se trompait, sa chèvre s’ennuya.Un jour, elle se dit en regardant la montagne :– Comme on doit être bien là-haut ! Quel plaisir de gambader dans la bruyère, sans cette maudite longequi vous écorche le cou!... C’est bon pour l’âne ou pour le boeuf de brouter dans un clos!... Les chèvres, il leur faut du large. À partir de ce moment, l’herbe du clos lui parut fade. L’ennui lui vint. Elle maigrit, son lait se fit rare.C’était pitié de la voir tirer tout le jour sur sa longe, la tête tournée du côté de la montagne, la narineouverte, en faisant Mê !... tristement.
M. Seguin s’apercevait bien que sa chèvre avait quelque chose, mais il ne savait pas ce que c’était... Un matin, comme il achevait de la traire, la chèvre se retourna et lui dit dans son patois :– Écoutez, monsieur Seguin, je me languis chez vous, laissez-moi aller dans la montagne.– Ah ! Mon Dieu !... Elle aussi ! cria M. Seguin stupéfait, et du coup il laissa tomber son écuelle ; puis,s’asseyant dans l’herbe à côté de sa chèvre :– Comment, Blanquette, tu veux me quitter!Et Blanquette répondit :– Oui, monsieur Seguin.– Est-ce que l’herbe te manque ici ?– Oh ! non ! monsieur Seguin.– Tu es peut-être attachée de trop court, veux-tu que j’allonge la corde?– Ce n’est pas la peine, monsieur Seguin.– Alors, qu’est-ce qu’il te faut? Qu’est-ce que tu veux?– Je veux aller dans la montagne, monsieur Seguin.– Mais, malheureuse, tu ne sais pas qu’il y a le loup dans la montagne... Que feras-tu quand il viendra?...– Je lui donnerai des coups de cornes, monsieur Seguin.– Le loup se moque bien de tes cornes. Il m’a mangé des biques autrement encornées que toi... Tu sais bien, la pauvre vieille Renaude qui était ici l’an dernier? Une maîtresse chèvre, forte etméchante comme un bouc. Elle s’est battue avec le loup toute la nuit... puis, le matin, le loup l’a mangée.– Pécaïre ! Pauvre Renaude !... Ça ne fait rien, monsieur Seguin, laissez-moi aller dans la montagne.– Bonté divine!... dit M. Seguin; mais qu’est-ce qu’on leur fait donc à mes chèvres? Encore une que le loup va me manger... Eh bien, non... je te sauverai malgré toi, coquine ! Et de peur que tu ne rompes ta corde, je vais t’enfermer dans l’étable et tu y resteras toujours. Là-dessus, M. Seguin emportala chèvre dans une étable toute noire, dont il ferma la porte à double tour. Malheureusement, il avaitoublié la fenêtre et à peine eut-il le dos tourné, que la petite s’en alla...Tu ris, Gringoire? Parbleu! Je crois bien; tu es du parti des chèvres, toi, contre ce bon M. Seguin... Nous allons voir si tu riras tout à l’heure.Quand la chèvre blanche arriva dans la montagne, ce fut un ravissement général. Jamais les vieuxsapins n’avaient rien vu d’aussi joli. On la reçut comme une petite reine. Les châtaigniers se baissaientjusqu’à terre pour la caresser du bout de leurs branches. Les genêts d’or s’ouvraient sur son passage, et sentaient bon tant qu’ils pouvaient. Toute la montagne lui fit fête.Tu penses, Gringoire, si notre chèvre était heureuse ! Plus de corde, plus de pieu... rien qui l’empêchât de gambader, de brouter à sa guise... C’est là qu’il y en avait de l’herbe ! Jusque par-dessus les cornes,mon cher!... Et quelle herbe! Savoureuse, fine, dentelée, faite de mille plantes... C’était bien autre choseque le gazon du clos. Et les fleurs donc !... De grandes campanules bleues, des digitales de pourpre à longs calices, toute une forêt de fleurs sauvages débordant de sucs capiteux !... La chèvre blanche, à moitié soûle, se vautrait là-dedans les jambes en l’air et roulait le long des talus, pêle-mêle avec les feuilles tombées et les châtaignes... Puis, tout à coup elle se redressait d’un bond sur ses pattes.Hop ! la voilà partie, la tête en avant, à travers les maquis et les buissières, tantôt sur un pic, tantôt au fond d’un ravin, là haut, en bas, partout... On aurait dit qu’il y avait dix chèvres de M. Seguin dans la montagne. C’est qu’elle n’avait peur de rien la Blanquette. Elle franchissait d’un saut de grandstorrents qui l’éclaboussaient au passage de poussière humide et d’écume. Alors, toute ruisselante, elle allait s’étendre sur quelque roche plate et se faisait sécher par le soleil... Une fois, s’avançant au bord d’un plateau, une fleur de cytise aux dents, elle aperçut en bas, tout en bas dans la plaine, la maison de M. Seguin avec le clos derrière. Cela la fit rire aux larmes.– Que c’est petit! dit-elle; comment ai-je pu tenir là dedans?Pauvrette ! De se voir si haut perchée, elle se croyait au moins aussi grande que le monde...En somme, ce fut une bonne journée pour la chèvre de M. Seguin. Vers le milieu du jour, en courant de droite et de gauche, elle tomba dans une troupe de chamois en train de croquer une lambrusque à belles dents. Notre petite coureuse en robe blanche fit sensation. On lui donna la meilleure place à la lambrusque, et tous ces messieurs furent très galants... Il paraît même –ceci doit rester entre nous, Gringoire – qu’un jeune chamois à pelage noir, eut la bonne fortune de plaire à Blanquette. Les deux amoureux s’égarèrent parmi le bois une heure ou deux, et si tu veux savoir ce qu’ils se dirent, va le demander aux sources bavardes qui courent invisibles dans la mousse. Tout à coup le vent fraîchit. La montagne devint violette ; c’était le soir.
– Déjà ! dit la petite chèvre ; et elle s’arrêta fort étonnée. En bas, les champs étaient noyés de brume. Le clos de M. Seguin disparaissait dans le brouillard, et de la maisonnette on ne voyait plus que le toitavec un peu de fumée. Elle écouta les clochettes d’un troupeau qu’on ramenait, et se sentit l’âme toutetriste... Un gerfaut, qui rentrait, la frôla de ses ailes en passant. Elle tressaillit...Puis ce fut un hurlement dans la montagne :– Hou! Hou!Elle pensa au loup; de tout le jour la folle n’y avait pas pensé... Au même moment une trompe sonnabien loin dans la vallée. C’était ce bon M. Seguin qui tentait un dernier effort.– Hou! Hou!... faisait le loup.– Reviens! Reviens!... criait la trompe.Blanquette eut envie de revenir ; mais en se rappelant le pieu, la corde, la haie du clos, elle pensa quemaintenant elle ne pouvait plus se faire à cette vie, et qu’il valait mieux rester. La trompe ne sonnaitplus... La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles. Elle se retourna et vit dans l’ombre deuxoreilles courtes, toutes droites, avec deux yeux qui reluisaient... C’était le loup. Énorme, immobile, assis sur son train de derrière, il était là regardant la petite chèvre blanche et la dégustant par avance.Comme il savait bien qu’il la mangerait, le loup ne se pressait pas ; seulement, quand elle se retourna, il se mit à rire méchamment.– Ha! ha! La petite chèvre de M. Seguin! et il passa sa grosse langue rouge sur ses babines d’amadou.Blanquette se sentit perdue... Un moment, en se rappelant l’histoire de la vieille Renaude, qui s’étaitbattue toute la nuit pour être mangée le matin, elle se dit qu’il vaudrait peut-être mieux se laissermanger tout de suite; puis, s’étant ravisée, elle tomba en garde, la tête basse et la corne en avant,comme une brave chèvre de M. Seguin qu’elle était... Non pas qu’elle eût l’espoir de tuer le loup, les chèvres ne tuent pas le loup, – mais seulement pour voir si elle pourrait tenir aussi longtemps que la Renaude...Alors le monstre s’avança, et les petites cornes entrèrent en danse. Ah ! La brave chevrette, comme elle y allait de bon coeur ! Plus de dix fois, je ne mens pas, Gringoire, elle força le loup à reculer pourreprendre haleine. Pendant ces trêves d’une minute, la gourmande cueillait en hâte encore un brin de sa chère herbe ; puis elle retournait au combat, la bouche pleine... Cela dura toute la nuit. De tempsen temps la chèvre de M. Seguin regardait les étoiles danser dans le ciel clair et elle se disait :– Oh ! Pourvu que je tienne jusqu’à l’aube...L’une après l’autre, les étoiles s’éteignirent. Blanquette redoubla de coups de cornes, le loup de coupsde dents... Une lueur pâle parut dans l’horizon... Le chant du coq enroué monta d’une métairie.– Enfin! dit la pauvre bête, qui n’attendait plus que le jour pour mourir; et elle s’allongea par terre danssa belle fourrure blanche toute tachée de sang... Alors le loup se jeta sur la petite chèvre et la mangea. Adieu, Gringoire! L’histoire que tu as entendue n’est pas un conte de mon invention. Si jamais tu viensen Provence, nos ménagers te parleront souvent de la cabro de moussu Seguin, que se battégue toutola neui emé lou loup, e piei lou matin lou loup la mangé *. Tu m’entends bien, Gringoire.E piei lou matin lou loup la mangé.
* Phrase en patois provençal qui signifie : la chèvre de monsieur Seguin, qui se battit toute la nuit avec le loup, et puis le matin, le loup la mangea.
Alphonse Daudet / La chèvre de Monsieur Seguin /
La Mule du pape
De tous les jolis dictons, proverbes ou adages, dont nos paysans de Provence passementent leurs discours, je n'en sais pas un plus pittoresque ni plus singulier que celui-ci. À quinze lieues autour de mon moulin, quand on parle d'un homme rancunier vindicatif, on dit : « Cet homme-là ! Méfiez-vous !... il est comme la mule du Pape, qui garde sept ans son coup de pied. »
J'ai cherché bien longtemps d'où ce proverbe pouvait venir, ce que c'était que cette mule papale et ce coup de pied gardé pendant sept ans. Personne ici n'a pu me renseigner à ce sujet, pas même Francet Mamaï, mon joueur de fifre, qui connaît pourtant son légendaire provençal sur le bout du doigt. Francet pense comme moi qu'il y a là dessous quelque ancienne chronique du pays d'Avignon ; mais il n'en a jamais entendu parler autrement que par le proverbe...
-Vous ne trouverez cela qu'à la bibliothèque des Cigales, m'a dit le vieux fifre en riant.
L'idée m'a paru bonne, et comme la bibliothèque des Cigales est à ma porte, je suis allé m'y enfermer huit jours.
C'est une bibliothèque merveilleuse, admirablement montée, ouverte aux poètes jour et nuit, et desservie par de petits bibliothécaires à cymbales qui vous font de la musique tout le temps. J'ai passé là quelques journées délicieuses, et, après une semaine de recherches, -sur le dos, j'ai fini par découvrir ce que je voulais, c'est-à-dire l'histoire de ma mule et de ce fameux coup de pied gardé pendant sept ans. Le conte en est joli quoique un peu naïf, et je vais essayer de vous le dire tel que je l'ai lu hier matin dans un manuscrit couleur du temps, qui sentait bon la lavande sèche et avait de grands fils de la Vierge pour signets. Qui n'a pas vu Avignon du temps des Papes, n'a rien vu.
Pour la gaieté, la vie, l'animation, le train des fêtes, jamais une ville pareille. C'étaient, du matin au soir, des processions, des pèlerinages, les rues jonchées de fleurs, tapissées de hautes lices, des arrivages de cardinaux par le Rhône, bannières au vent, galères pavoisées, les soldats du Pape qui chantaient du latin sur les places, les crécelles des frères quêteurs ; puis, du haut en bas des maisons qui se pressaient en bourdonnant autour du grand palais papal comme des abeilles autour de leur ruche, c'était encore le tic-tac des métiers à dentelles, le va-et-vient des navettes tissant l'or des chasubles, les petits marteaux des ciseleurs de burettes, les tables d'harmonie qu'on ajustait chez les luthiers, les cantiques des ourdisseuses ; par là-dessus le bruit des cloches, et toujours quelques tambourins qu'on entendait ronfler là-bas, du côté du pont. Car chez nous, quand le peuple est content, il faut qu'il danse, il faut qu'il danse ; et comme en ce temps-là les rues de la ville étaient trop étroites pour la farandole, fifres et tambourins se postaient sur le pont d'Avignon, au vent frais du Rhône, et jour et nuit l'on y dansait, l'on y dansait...
Ah ! L'heureux temps ! L'heureuse ville ! Des hallebardes qui ne coupaient pas ; des prisons d'État où l'on mettait le vin à rafraîchir. Jamais de disette ; jamais de guerre... Voilà comment les Papes du Comtat savaient gouverner leur peuple ; voilà pourquoi leur peuple les a tant regrettés !...
Il y en a un surtout, un bon vieux, qu'on appelait Boniface... Oh ! celui-là, que de larmes on a versées en Avignon, quand il est mort ! C'était un prince si aimable, si avenant !
Il vous riait si bien du haut de sa mule ! Et quand vous passiez près de lui, - fussiez-vous un pauvre petit tireur de garance ou le grand viguier de la ville, - il vous donnait sa bénédiction si poliment ! Un vrai pape d'Yvetot, mais d'un Yvetot de Provence, avec quelque chose de fin dans le rire, un brin de marjolaine à sa barrette, et pas la moindre Jeanneton...
La seule Jeanneton qu'on lui ait jamais connue, à ce bon père, c'était sa vigne, - une petite vigne qu'il avait plantée lui-même, à trois lieues d'Avignon, dans les myrtes de Château-Neuf.
Tous les dimanches, en sortant de vêpres, le digne homme allait lui faire sa cour, et quand il était là-haut, assis au bon soleil, sa mule près de lui, ses cardinaux tout autour étendus aux pieds des souches, alors il faisait déboucher un flacon de vin du cru, - ce beau vin, couleur de rubis, qui s'est appelé depuis le Château-Neuf des Papes, - et il dégustait par petits coups, en regardant sa vigne d'un air attendri. Puis, le flacon vidé, le jour tombant, il rentrait joyeusement à la ville, suivi de tout son chapitre; et, lorsqu'il passait sur le pont d'Avignon, au milieu des tambours et des farandoles, sa mule, mise en train par la musique, prenait un petit amble sautillant, tandis que lui-même il marquait le pas de la danse avec sa barrette, ce qui scandalisait fort ses cardinaux, mais faisait dire à tout le peuple : « Ah ! le bon prince ! Ah ! le brave Pape ! »
Après sa vigne de Château-Neuf, ce que le Pape aimait le plus au monde, c'était sa mule. Le bonhomme en raffolait de cette bête-là. Tous les soirs avant de se coucher, il allait voir si son écurie était bien fermée, si rien ne manquait dans sa mangeoire, et jamais il ne se serait levé de table sans faire préparer sous ses yeux un grand bol de vin à la française, avec beaucoup de sucre et d'aromates, qu'il allait lui porter lui-même, malgré les observations de ses cardinaux... Il faut dire aussi que la bête en valait la peine.
C'était une belle mule noire, mouchetée de rouge, le pied sûr, le poil luisant, la croupe large et pleine, portant fièrement sa petite tête sèche toute harnachée de pompons, de noeuds, de grelots d'argent, de bouffettes ; avec cela douce comme un ange, l'oeil naïf, et deux longues oreilles, toujours en branle, qui lui donnaient l'air bon enfant... Tout Avignon la respectait, et, quand elle allait dans les rues, il n'y avait pas de bonnes manières qu'on ne lui fît ; car chacun savait que c'était le meilleur moyen d'être bien en cour et qu'avec son air innocent, la mule du Pape en avait mené plus d'un à la fortune, à preuve Tistet Védène et sa prodigieuse aventure.
Ce Tistet Védène était, dans le principe, un effronté galopin, que son père, Guy Védène, le sculpteur, avait été obligé de chasser de chez lui, parce qu'il ne voulait rien faire et débauchait les apprentis. Pendant six mois, on le vit traîner sa jaquette dans tous les ruisseaux d'Avignon, mais principalement du côté de la maison papale ; car le drôle avait depuis longtemps son idée sur la mule du Pape, et vous allez voir que c'était quelque chose de malin... Un jour que Sa Sainteté se promenait toute seule sous les remparts avec sa bête, voilà mon Tistet qui l'aborde, et lui dit en joignant les mains d'un air d'admiration :
« Ah ! mon Dieu ! grand Saint-Père, quelle brave mule vous avez là!... Laissez un peu que je la regarde... Ah ! mon Pape, la belle mule!... L'empereur d'Allemagne n'en a pas une pareille. » Et il la caressait, et il lui parlait doucement comme à une demoiselle.
- Venez çà, mon bijou, mon trésor, ma perle fine...
Et le bon Pape, tout ému, se disait dans lui-même :
- Quel bon petit garçonnet !... Comme il est gentil avec ma mule !
Et puis le lendemain savez-vous ce qui arriva? Tistet Védène troqua sa vieille jaquette jaune contre une belle aube en dentelles, un camail de soie violette, des souliers à boucles, et il entra dans la maîtrise du Pape, où jamais avant lui on n'avait reçu que des fils de nobles et des neveux de cardinaux... Voilà ce que c'est que l'intrigue!...
Mais Tistet ne s'en tint pas là. Une fois au service du Pape, le drôle continua le jeu qui lui avait si bien réussi. Insolent avec tout le monde, il n'avait d'attentions ni de prévenances que pour la mule, et toujours on le rencontrait par les cours du palais avec une poignée d'avoine ou une bottelée de sainfoin, dont il secouait gentiment les grappes roses en regardant le balcon du Saint-Père, d'un air de dire: « Hein !... pour qui ça ?... »
Tant et tant qu'à la fin le bon Pape, qui se sentait devenir vieux, en arriva à lui laisser le soin de veiller sur l'écurie et de porter à la mule son bol de vin à la française ; ce qui ne faisait pas rire les cardinaux.
Ni la mule non plus, cela ne la faisait pas rire... Maintenant, à l'heure de son vin, elle voyait toujours arriver chez elle cinq ou six petits clercs de maîtrise qui se fourraient vite dans la paille avec leur camail et leurs dentelles ; puis, au bout d'un moment, une bonne odeur chaude de caramel et d'aromates emplissait l'écurie, et Tistet Védène apparaissait, portant avec précaution le bol de vin à la française. Alors le martyre de la pauvre bête commençait.
Ce vin parfumé qu'elle aimait tant, qui lui tenait chaud, qui lui mettait des ailes, on avait la cruauté de le lui apporter, là, dans sa mangeoire, de le lui faire respirer; puis, quand elle en avait les narines pleines, passe, je t'ai vu ! la belle liqueur de flamme rose s'en allait toute dans le gosier de ces garnements... Et encore, s'ils n'avaient fait que lui voler son vin ; mais c'étaient comme des diables, tous ces petits clercs, quand ils avaient bu !... l'un lui tirait les oreilles, l'autre la queue ; Quiquet lui montait sur le dos, Béluguet lui essayait sa barrette, et pas un de ces galopins ne songeait que d'un coup de reins ou d'une ruade la brave bête aurait pu les envoyer tous dans l'étoile polaire, et même plus loin... Mais non ! On n'est pas pour rien la mule du Pape, la mule des bénédictions et des indulgences... Les enfants avaient beau faire, elle ne se fâchait pas ; et ce n'était qu'à Tistet Védène qu'elle en voulait... Celui-là, par exemple, quand elle le sentait derrière elle, son sabot lui démangeait, et vraiment il y avait bien de quoi. Ce vaurien de Tistet lui jouait de si vilains tours ! Il avait de si cruelles inventions après boire !...
Est-ce qu'un jour il ne s'avisa pas de la faire monter avec lui au clocheton de la maîtrise, là-haut, tout là-haut, à la pointe du palais !... Et ce que je vous dis là n'est pas un conte, deux cent mille Provençaux l'ont vu. Vous figurez-vous la terreur de cette malheureuse mule, lorsque, après avoir tourné pendant une heure à l'aveuglette dans un escalier en colimaçon et grimpé je ne sais combien de marches, elle se trouva tout à coup sur une plate-forme éblouissante de lumière, et qu'à mille pieds au-dessous d'elle elle aperçut tout un Avignon fantastique, les baraques du marché pas plus grosses que des noisettes, les soldats du Pape devant leur caserne comme des fourmis rouges, et là-bas, sur un fil d'argent, un petit pont microscopique où l'on dansait, où l'on dansait... Ah ! pauvre bête ! quelle panique ! Du cri qu'elle en poussa, toutes les vitres du palais tremblèrent.
- Qu'est-ce qu'il y a ? qu'est-ce qu'on lui fait ? s'écria le bon Pape en se précipitant sur son balcon.
Tistet Védène était déjà dans la cour, faisant mine de pleurer et de s'arracher les cheveux :
- Ah ! grand Saint-Père, ce qu'il y a ! Il y a que votre mule... mon Dieu ! qu'allons-nous devenir ? Il y a que votre mule est montée dans le clocheton...
- Toute seule ???
- Oui, grand Saint-Père, toute seule... Tenez ! regardez-la, là-haut... Voyez-vous le bout de ses oreilles qui passe ?... On dirait deux hirondelles...
- Miséricorde ! fit le pauvre Pape en levant les yeux... Mais elle est donc devenue folle ! Mais elle va se tuer... Veux-tu bien descendre, malheureuse !...
Pécaïre ! elle n'aurait pas mieux demandé, elle, que de descendre... mais par où ? l'escalier, il n'y fallait pas songer : ça se monte encore ces choses-là ; mais, à la descente, il y aurait de quoi se rompre cent fois les jambes... Et la pauvre mule se désolait, et, tout en rôdant sur la plate-forme avec ses gros yeux pleins de vertige, elle pensait à Tistet Védène :
- Ah ! bandit, si j'en réchappe... quel coup de sabot demain matin !
Cette idée de coup de sabot lui redonnait un peu de coeur au ventre; sans cela elle n'aurait pas pu se tenir...
Enfin on parvint à la tirer de là-haut ; mais ce fut toute une affaire. Il fallut la descendre avec un cric, des cordes, une civière. Et vous pensez quelle humiliation pour la mule d'un pape de se voir pendue à cette hauteur, nageant des pattes dans le vide comme un hanneton au bout d'un fil. Et tout Avignon qui la regardait !
La malheureuse bête n'en dormit pas de la nuit. Il lui semblait toujours qu'elle tournait sur cette maudite plate-forme, avec les rires de la ville au-dessous, puis elle pensait à cet infâme Tistet Védène et au joli coup de sabot qu'elle allait lui détacher le lendemain matin. Ah ! mes amis, quel coup de sabot ! De Pampérigouste on en verrait la fumée...
Or, pendant qu'on lui préparait cette belle réception à l'écurie, savez-vous ce que faisait Tistet Védène ?
Il descendait le Rhône en chantant sur une galère papale et s'en allait à la cour de Naples avec la troupe de jeunes nobles que la ville envoyait tous les ans près de la reine Jeanne pour s'exercer à la diplomatie et aux belles manières. Tistet n'était pas noble ; mais le Pape tenait à le récompenser des soins qu'il avait donnés à sa bête, et principalement de l'activité qu'il venait de déployer pendant la journée du sauvetage.
C'est la mule qui fut désappointée le lendemain !
- Ah ! le bandit ! il s'est douté de quelque chose !... pensait-elle en secouant ses grelots avec fureur.. Mais c'est égal, va, mauvais ; tu le retrouveras au retour, ton coup de sabot... je te le garde !
Et elle le lui garda.
Après le départ de Tistet, la mule du Pape retrouva son train de vie tranquille et ses allures d'autrefois. Plus de Quiquet, plus de Béluguet à l'écurie. Les beaux jours du vin à la française étaient revenus, et avec eux la bonne humeur, les longues siestes, et le petit pas de gavotte quand elle passait sur le pont d'Avignon. Pourtant, depuis son aventure, on lui marquait toujours un peu de froideur dans la ville. Il y avait des chuchotements sur sa route ; les vieilles gens hochaient la tête, les enfants riaient en se montrant le clocheton. Le bon Pape lui-même n'avait plus autant de confiance en son amie, et, lorsqu'il se laissait aller à faire un petit somme sur son dos, le dimanche en revenant de la vigne, il gardait toujours cette arrière-pensée : « Si j'allais me réveiller là-haut, sur la plate-forme ! » La mule voyait cela et elle en souffrait, sans rien dire ; seulement, quand on prononçait le nom de Tistet Védène devant elle, ses longues oreilles frémissaient, et elle aiguisait avec un petit rire le fer de ses sabots sur le pavé.
Sept ans passèrent ainsi; puis, au bout de ces sept années, Tistet Védène revint de la cour de Naples. Son temps n'était pas encore fini là-bas ; mais il avait appris que le premier moutardier du Pape venait de mourir subitement en Avignon, et, comme la place lui semblait bonne, il était arrivé en grande hâte pour se mettre sur les rangs.
Quand cet intrigant de Védène entra dans la salle du palais, le Saint-Père eut peine à le reconnaître, tant il avait grandi et pris du corps. Il faut dire aussi que le bon Pape s'était fait vieux de son côté, et qu'il n'y voyait pas bien sans besicles. Tistet ne s'intimida pas.
- Comment ! grand Saint-Père, vous ne me reconnaissez plus ?...C'est moi, Tistet Védène!...
- Védène ?...
- Mais oui, vous savez bien... celui qui portait le vin français à votre mule.
- Ah ! oui... oui... je me rappelle... Un bon petit garçonnet, ce Tistet Védène !... Et maintenant, qu'est-ce qu'il veut de nous ?
- Oh ! peu de chose, grand Saint-Père... Je venais vous demander... À propos, est-ce que vous l'avez toujours votre mule ? Et elle va bien ?... Ah ! tant mieux !... Je venais vous demander la place du premier moutardier qui vient de mourir
- Premier moutardier, toi !... Mais tu es trop jeune. Quel âge as-tu donc ?
- Vingt ans deux mois, illustre pontife, juste cinq ans de plus que votre mule... Ah ! palme de Dieu, la brave bête ! Si vous saviez comme je l'aimais cette mule-là !...
Comme je me suis langui d'elle en Italie !... Est-ce que vous ne me la laisserez pas voir ?
- Si, mon enfant, tu la verras, fit le bon Pape tout ému...
Et puisque tu l'aimes tant, cette brave bête, je ne veux plus que tu vives loin d'elle. Dès ce jour, je t'attache à ma personne en qualité de premier moutardier.. Mes cardinaux crieront, mais tant pis ! j'y suis habitué... Viens nous trouver demain, à la sortie des vêpres, nous te remettrons les insignes de ton grade en présence de notre chapitre, et puis... je te mènerai voir la mule, et tu viendras à la vigne avec nous deux... hé ! hé ! Allons ! va...
Si Tistet Védène était content en sortant de la grande salle, avec quelle impatience il attendit la cérémonie du lendemain, je n'ai pas besoin de vous le dire. Pourtant il y avait dans le palais quelqu'un de plus heureux encore et de plus impatient que lui : c'était la mule. Depuis le retour de Védène jusqu'aux vêpres du jour suivant, la terrible bête ne cessa de se bourrer d'avoine et de tirer au mur avec ses sabots de derrière. Elle aussi se préparait pour la cérémonie...
Et donc, le lendemain, lorsque vêpres furent dites, Tistet Védène fit son entrée dans la cour du palais papal. Tout le haut clergé était là, les cardinaux en robes rouges, l'avocat du diable en velours noir, les abbés du couvent avec leurs petites mitres, les marguilliers de Saint-Agrico, les camails violets de la maîtrise, le bas clergé aussi, les soldats du Pape en grand uniforme, les trois confréries de pénitents, les ermites du mont Ventoux avec leurs mines,farouches et le petit clerc qui va derrière en portant la clochette, les frères flagellants nus jusqu'à la ceinture, les sacristains fleuris en robes de juges, tous, tous, jusqu'aux donneurs d'eau bénite, et celui qui allume, et celui qui éteint... Il n'y en avait pas un qui manquât... Ah ! c'était une belle ordination ! Des cloches, des pétards, du soleil, de la musique, et toujours ces enragés de tambourins qui menaient la danse, là-bas, sur le pont d'Avignon...
Quand Védène parut au milieu de l'assemblée, sa prestance et sa belle mine y firent courir un murmure d'admiration. C'était un magnifique Provençal, mais des blonds, avec de grands cheveux frisés au bout et une petite barbe follette qui semblait prise aux copeaux de fin métal tombés du burin de son père, le sculpteur d'or. Le bruit courait que dans cette barbe blonde les doigts de la reine Jeanne avaient quelquefois joué ; et le sire de védène avait bien, en effet, l'air glorieux et le regard distrait des hommes que les reines ont aimés... Ce jour-là, pour faire honneur à sa nation, il avait remplacé ses vêtements napolitains par une jaquette bordée de rose à la Provençale, et sur son chaperon tremblait une grande plume d'ibis de Camargue.
Sitôt entré, le premier moutardier salua d'un air galant et se dirigea vers le haut du perron, où le Pape l'attendait pour lui remettre les insignes de son grade : la cuiller de buis jaune et l'habit de safran. La mule était au bas de l'escalier, toute harnachée et prête à partir pour la vigne...
Quand il passa près d'elle, Tistet Védène eut un bon sourire et s'arrêta pour lui donner deux ou trois petites tapes amicales sur le dos, en regardant du coin de l'oeil si le Pape le voyait. La position était bonne... La mule prit son élan :
- Tiens ! attrape, bandit ! Voilà sept ans que je te le garde ! Et elle vous lui détacha un coup de sabot si terrible, si terrible, que de Pampérigouste même on en vit la fumée, un tourbillon de fumée blonde où voltigeait une plume d'ibis ; tout ce qui restait de l'infortuné Tistet Védène !...
Les coups de pied de mule ne sont pas aussi foudroyants d'ordinaire ; mais celle-ci était une mule papale ; et puis, pensez donc ! elle le lui gardait depuis sept ans... Il n'y a pas de plus bel exemple de rancune ecclésiastique.
J'ai cherché bien longtemps d'où ce proverbe pouvait venir, ce que c'était que cette mule papale et ce coup de pied gardé pendant sept ans. Personne ici n'a pu me renseigner à ce sujet, pas même Francet Mamaï, mon joueur de fifre, qui connaît pourtant son légendaire provençal sur le bout du doigt. Francet pense comme moi qu'il y a là dessous quelque ancienne chronique du pays d'Avignon ; mais il n'en a jamais entendu parler autrement que par le proverbe...
-Vous ne trouverez cela qu'à la bibliothèque des Cigales, m'a dit le vieux fifre en riant.
L'idée m'a paru bonne, et comme la bibliothèque des Cigales est à ma porte, je suis allé m'y enfermer huit jours.
C'est une bibliothèque merveilleuse, admirablement montée, ouverte aux poètes jour et nuit, et desservie par de petits bibliothécaires à cymbales qui vous font de la musique tout le temps. J'ai passé là quelques journées délicieuses, et, après une semaine de recherches, -sur le dos, j'ai fini par découvrir ce que je voulais, c'est-à-dire l'histoire de ma mule et de ce fameux coup de pied gardé pendant sept ans. Le conte en est joli quoique un peu naïf, et je vais essayer de vous le dire tel que je l'ai lu hier matin dans un manuscrit couleur du temps, qui sentait bon la lavande sèche et avait de grands fils de la Vierge pour signets. Qui n'a pas vu Avignon du temps des Papes, n'a rien vu.
Pour la gaieté, la vie, l'animation, le train des fêtes, jamais une ville pareille. C'étaient, du matin au soir, des processions, des pèlerinages, les rues jonchées de fleurs, tapissées de hautes lices, des arrivages de cardinaux par le Rhône, bannières au vent, galères pavoisées, les soldats du Pape qui chantaient du latin sur les places, les crécelles des frères quêteurs ; puis, du haut en bas des maisons qui se pressaient en bourdonnant autour du grand palais papal comme des abeilles autour de leur ruche, c'était encore le tic-tac des métiers à dentelles, le va-et-vient des navettes tissant l'or des chasubles, les petits marteaux des ciseleurs de burettes, les tables d'harmonie qu'on ajustait chez les luthiers, les cantiques des ourdisseuses ; par là-dessus le bruit des cloches, et toujours quelques tambourins qu'on entendait ronfler là-bas, du côté du pont. Car chez nous, quand le peuple est content, il faut qu'il danse, il faut qu'il danse ; et comme en ce temps-là les rues de la ville étaient trop étroites pour la farandole, fifres et tambourins se postaient sur le pont d'Avignon, au vent frais du Rhône, et jour et nuit l'on y dansait, l'on y dansait...
Ah ! L'heureux temps ! L'heureuse ville ! Des hallebardes qui ne coupaient pas ; des prisons d'État où l'on mettait le vin à rafraîchir. Jamais de disette ; jamais de guerre... Voilà comment les Papes du Comtat savaient gouverner leur peuple ; voilà pourquoi leur peuple les a tant regrettés !...
Il y en a un surtout, un bon vieux, qu'on appelait Boniface... Oh ! celui-là, que de larmes on a versées en Avignon, quand il est mort ! C'était un prince si aimable, si avenant !
Il vous riait si bien du haut de sa mule ! Et quand vous passiez près de lui, - fussiez-vous un pauvre petit tireur de garance ou le grand viguier de la ville, - il vous donnait sa bénédiction si poliment ! Un vrai pape d'Yvetot, mais d'un Yvetot de Provence, avec quelque chose de fin dans le rire, un brin de marjolaine à sa barrette, et pas la moindre Jeanneton...
La seule Jeanneton qu'on lui ait jamais connue, à ce bon père, c'était sa vigne, - une petite vigne qu'il avait plantée lui-même, à trois lieues d'Avignon, dans les myrtes de Château-Neuf.
Tous les dimanches, en sortant de vêpres, le digne homme allait lui faire sa cour, et quand il était là-haut, assis au bon soleil, sa mule près de lui, ses cardinaux tout autour étendus aux pieds des souches, alors il faisait déboucher un flacon de vin du cru, - ce beau vin, couleur de rubis, qui s'est appelé depuis le Château-Neuf des Papes, - et il dégustait par petits coups, en regardant sa vigne d'un air attendri. Puis, le flacon vidé, le jour tombant, il rentrait joyeusement à la ville, suivi de tout son chapitre; et, lorsqu'il passait sur le pont d'Avignon, au milieu des tambours et des farandoles, sa mule, mise en train par la musique, prenait un petit amble sautillant, tandis que lui-même il marquait le pas de la danse avec sa barrette, ce qui scandalisait fort ses cardinaux, mais faisait dire à tout le peuple : « Ah ! le bon prince ! Ah ! le brave Pape ! »
Après sa vigne de Château-Neuf, ce que le Pape aimait le plus au monde, c'était sa mule. Le bonhomme en raffolait de cette bête-là. Tous les soirs avant de se coucher, il allait voir si son écurie était bien fermée, si rien ne manquait dans sa mangeoire, et jamais il ne se serait levé de table sans faire préparer sous ses yeux un grand bol de vin à la française, avec beaucoup de sucre et d'aromates, qu'il allait lui porter lui-même, malgré les observations de ses cardinaux... Il faut dire aussi que la bête en valait la peine.
C'était une belle mule noire, mouchetée de rouge, le pied sûr, le poil luisant, la croupe large et pleine, portant fièrement sa petite tête sèche toute harnachée de pompons, de noeuds, de grelots d'argent, de bouffettes ; avec cela douce comme un ange, l'oeil naïf, et deux longues oreilles, toujours en branle, qui lui donnaient l'air bon enfant... Tout Avignon la respectait, et, quand elle allait dans les rues, il n'y avait pas de bonnes manières qu'on ne lui fît ; car chacun savait que c'était le meilleur moyen d'être bien en cour et qu'avec son air innocent, la mule du Pape en avait mené plus d'un à la fortune, à preuve Tistet Védène et sa prodigieuse aventure.
Ce Tistet Védène était, dans le principe, un effronté galopin, que son père, Guy Védène, le sculpteur, avait été obligé de chasser de chez lui, parce qu'il ne voulait rien faire et débauchait les apprentis. Pendant six mois, on le vit traîner sa jaquette dans tous les ruisseaux d'Avignon, mais principalement du côté de la maison papale ; car le drôle avait depuis longtemps son idée sur la mule du Pape, et vous allez voir que c'était quelque chose de malin... Un jour que Sa Sainteté se promenait toute seule sous les remparts avec sa bête, voilà mon Tistet qui l'aborde, et lui dit en joignant les mains d'un air d'admiration :
« Ah ! mon Dieu ! grand Saint-Père, quelle brave mule vous avez là!... Laissez un peu que je la regarde... Ah ! mon Pape, la belle mule!... L'empereur d'Allemagne n'en a pas une pareille. » Et il la caressait, et il lui parlait doucement comme à une demoiselle.
- Venez çà, mon bijou, mon trésor, ma perle fine...
Et le bon Pape, tout ému, se disait dans lui-même :
- Quel bon petit garçonnet !... Comme il est gentil avec ma mule !
Et puis le lendemain savez-vous ce qui arriva? Tistet Védène troqua sa vieille jaquette jaune contre une belle aube en dentelles, un camail de soie violette, des souliers à boucles, et il entra dans la maîtrise du Pape, où jamais avant lui on n'avait reçu que des fils de nobles et des neveux de cardinaux... Voilà ce que c'est que l'intrigue!...
Mais Tistet ne s'en tint pas là. Une fois au service du Pape, le drôle continua le jeu qui lui avait si bien réussi. Insolent avec tout le monde, il n'avait d'attentions ni de prévenances que pour la mule, et toujours on le rencontrait par les cours du palais avec une poignée d'avoine ou une bottelée de sainfoin, dont il secouait gentiment les grappes roses en regardant le balcon du Saint-Père, d'un air de dire: « Hein !... pour qui ça ?... »
Tant et tant qu'à la fin le bon Pape, qui se sentait devenir vieux, en arriva à lui laisser le soin de veiller sur l'écurie et de porter à la mule son bol de vin à la française ; ce qui ne faisait pas rire les cardinaux.
Ni la mule non plus, cela ne la faisait pas rire... Maintenant, à l'heure de son vin, elle voyait toujours arriver chez elle cinq ou six petits clercs de maîtrise qui se fourraient vite dans la paille avec leur camail et leurs dentelles ; puis, au bout d'un moment, une bonne odeur chaude de caramel et d'aromates emplissait l'écurie, et Tistet Védène apparaissait, portant avec précaution le bol de vin à la française. Alors le martyre de la pauvre bête commençait.
Ce vin parfumé qu'elle aimait tant, qui lui tenait chaud, qui lui mettait des ailes, on avait la cruauté de le lui apporter, là, dans sa mangeoire, de le lui faire respirer; puis, quand elle en avait les narines pleines, passe, je t'ai vu ! la belle liqueur de flamme rose s'en allait toute dans le gosier de ces garnements... Et encore, s'ils n'avaient fait que lui voler son vin ; mais c'étaient comme des diables, tous ces petits clercs, quand ils avaient bu !... l'un lui tirait les oreilles, l'autre la queue ; Quiquet lui montait sur le dos, Béluguet lui essayait sa barrette, et pas un de ces galopins ne songeait que d'un coup de reins ou d'une ruade la brave bête aurait pu les envoyer tous dans l'étoile polaire, et même plus loin... Mais non ! On n'est pas pour rien la mule du Pape, la mule des bénédictions et des indulgences... Les enfants avaient beau faire, elle ne se fâchait pas ; et ce n'était qu'à Tistet Védène qu'elle en voulait... Celui-là, par exemple, quand elle le sentait derrière elle, son sabot lui démangeait, et vraiment il y avait bien de quoi. Ce vaurien de Tistet lui jouait de si vilains tours ! Il avait de si cruelles inventions après boire !...
Est-ce qu'un jour il ne s'avisa pas de la faire monter avec lui au clocheton de la maîtrise, là-haut, tout là-haut, à la pointe du palais !... Et ce que je vous dis là n'est pas un conte, deux cent mille Provençaux l'ont vu. Vous figurez-vous la terreur de cette malheureuse mule, lorsque, après avoir tourné pendant une heure à l'aveuglette dans un escalier en colimaçon et grimpé je ne sais combien de marches, elle se trouva tout à coup sur une plate-forme éblouissante de lumière, et qu'à mille pieds au-dessous d'elle elle aperçut tout un Avignon fantastique, les baraques du marché pas plus grosses que des noisettes, les soldats du Pape devant leur caserne comme des fourmis rouges, et là-bas, sur un fil d'argent, un petit pont microscopique où l'on dansait, où l'on dansait... Ah ! pauvre bête ! quelle panique ! Du cri qu'elle en poussa, toutes les vitres du palais tremblèrent.
- Qu'est-ce qu'il y a ? qu'est-ce qu'on lui fait ? s'écria le bon Pape en se précipitant sur son balcon.
Tistet Védène était déjà dans la cour, faisant mine de pleurer et de s'arracher les cheveux :
- Ah ! grand Saint-Père, ce qu'il y a ! Il y a que votre mule... mon Dieu ! qu'allons-nous devenir ? Il y a que votre mule est montée dans le clocheton...
- Toute seule ???
- Oui, grand Saint-Père, toute seule... Tenez ! regardez-la, là-haut... Voyez-vous le bout de ses oreilles qui passe ?... On dirait deux hirondelles...
- Miséricorde ! fit le pauvre Pape en levant les yeux... Mais elle est donc devenue folle ! Mais elle va se tuer... Veux-tu bien descendre, malheureuse !...
Pécaïre ! elle n'aurait pas mieux demandé, elle, que de descendre... mais par où ? l'escalier, il n'y fallait pas songer : ça se monte encore ces choses-là ; mais, à la descente, il y aurait de quoi se rompre cent fois les jambes... Et la pauvre mule se désolait, et, tout en rôdant sur la plate-forme avec ses gros yeux pleins de vertige, elle pensait à Tistet Védène :
- Ah ! bandit, si j'en réchappe... quel coup de sabot demain matin !
Cette idée de coup de sabot lui redonnait un peu de coeur au ventre; sans cela elle n'aurait pas pu se tenir...
Enfin on parvint à la tirer de là-haut ; mais ce fut toute une affaire. Il fallut la descendre avec un cric, des cordes, une civière. Et vous pensez quelle humiliation pour la mule d'un pape de se voir pendue à cette hauteur, nageant des pattes dans le vide comme un hanneton au bout d'un fil. Et tout Avignon qui la regardait !
La malheureuse bête n'en dormit pas de la nuit. Il lui semblait toujours qu'elle tournait sur cette maudite plate-forme, avec les rires de la ville au-dessous, puis elle pensait à cet infâme Tistet Védène et au joli coup de sabot qu'elle allait lui détacher le lendemain matin. Ah ! mes amis, quel coup de sabot ! De Pampérigouste on en verrait la fumée...
Or, pendant qu'on lui préparait cette belle réception à l'écurie, savez-vous ce que faisait Tistet Védène ?
Il descendait le Rhône en chantant sur une galère papale et s'en allait à la cour de Naples avec la troupe de jeunes nobles que la ville envoyait tous les ans près de la reine Jeanne pour s'exercer à la diplomatie et aux belles manières. Tistet n'était pas noble ; mais le Pape tenait à le récompenser des soins qu'il avait donnés à sa bête, et principalement de l'activité qu'il venait de déployer pendant la journée du sauvetage.
C'est la mule qui fut désappointée le lendemain !
- Ah ! le bandit ! il s'est douté de quelque chose !... pensait-elle en secouant ses grelots avec fureur.. Mais c'est égal, va, mauvais ; tu le retrouveras au retour, ton coup de sabot... je te le garde !
Et elle le lui garda.
Après le départ de Tistet, la mule du Pape retrouva son train de vie tranquille et ses allures d'autrefois. Plus de Quiquet, plus de Béluguet à l'écurie. Les beaux jours du vin à la française étaient revenus, et avec eux la bonne humeur, les longues siestes, et le petit pas de gavotte quand elle passait sur le pont d'Avignon. Pourtant, depuis son aventure, on lui marquait toujours un peu de froideur dans la ville. Il y avait des chuchotements sur sa route ; les vieilles gens hochaient la tête, les enfants riaient en se montrant le clocheton. Le bon Pape lui-même n'avait plus autant de confiance en son amie, et, lorsqu'il se laissait aller à faire un petit somme sur son dos, le dimanche en revenant de la vigne, il gardait toujours cette arrière-pensée : « Si j'allais me réveiller là-haut, sur la plate-forme ! » La mule voyait cela et elle en souffrait, sans rien dire ; seulement, quand on prononçait le nom de Tistet Védène devant elle, ses longues oreilles frémissaient, et elle aiguisait avec un petit rire le fer de ses sabots sur le pavé.
Sept ans passèrent ainsi; puis, au bout de ces sept années, Tistet Védène revint de la cour de Naples. Son temps n'était pas encore fini là-bas ; mais il avait appris que le premier moutardier du Pape venait de mourir subitement en Avignon, et, comme la place lui semblait bonne, il était arrivé en grande hâte pour se mettre sur les rangs.
Quand cet intrigant de Védène entra dans la salle du palais, le Saint-Père eut peine à le reconnaître, tant il avait grandi et pris du corps. Il faut dire aussi que le bon Pape s'était fait vieux de son côté, et qu'il n'y voyait pas bien sans besicles. Tistet ne s'intimida pas.
- Comment ! grand Saint-Père, vous ne me reconnaissez plus ?...C'est moi, Tistet Védène!...
- Védène ?...
- Mais oui, vous savez bien... celui qui portait le vin français à votre mule.
- Ah ! oui... oui... je me rappelle... Un bon petit garçonnet, ce Tistet Védène !... Et maintenant, qu'est-ce qu'il veut de nous ?
- Oh ! peu de chose, grand Saint-Père... Je venais vous demander... À propos, est-ce que vous l'avez toujours votre mule ? Et elle va bien ?... Ah ! tant mieux !... Je venais vous demander la place du premier moutardier qui vient de mourir
- Premier moutardier, toi !... Mais tu es trop jeune. Quel âge as-tu donc ?
- Vingt ans deux mois, illustre pontife, juste cinq ans de plus que votre mule... Ah ! palme de Dieu, la brave bête ! Si vous saviez comme je l'aimais cette mule-là !...
Comme je me suis langui d'elle en Italie !... Est-ce que vous ne me la laisserez pas voir ?
- Si, mon enfant, tu la verras, fit le bon Pape tout ému...
Et puisque tu l'aimes tant, cette brave bête, je ne veux plus que tu vives loin d'elle. Dès ce jour, je t'attache à ma personne en qualité de premier moutardier.. Mes cardinaux crieront, mais tant pis ! j'y suis habitué... Viens nous trouver demain, à la sortie des vêpres, nous te remettrons les insignes de ton grade en présence de notre chapitre, et puis... je te mènerai voir la mule, et tu viendras à la vigne avec nous deux... hé ! hé ! Allons ! va...
Si Tistet Védène était content en sortant de la grande salle, avec quelle impatience il attendit la cérémonie du lendemain, je n'ai pas besoin de vous le dire. Pourtant il y avait dans le palais quelqu'un de plus heureux encore et de plus impatient que lui : c'était la mule. Depuis le retour de Védène jusqu'aux vêpres du jour suivant, la terrible bête ne cessa de se bourrer d'avoine et de tirer au mur avec ses sabots de derrière. Elle aussi se préparait pour la cérémonie...
Et donc, le lendemain, lorsque vêpres furent dites, Tistet Védène fit son entrée dans la cour du palais papal. Tout le haut clergé était là, les cardinaux en robes rouges, l'avocat du diable en velours noir, les abbés du couvent avec leurs petites mitres, les marguilliers de Saint-Agrico, les camails violets de la maîtrise, le bas clergé aussi, les soldats du Pape en grand uniforme, les trois confréries de pénitents, les ermites du mont Ventoux avec leurs mines,farouches et le petit clerc qui va derrière en portant la clochette, les frères flagellants nus jusqu'à la ceinture, les sacristains fleuris en robes de juges, tous, tous, jusqu'aux donneurs d'eau bénite, et celui qui allume, et celui qui éteint... Il n'y en avait pas un qui manquât... Ah ! c'était une belle ordination ! Des cloches, des pétards, du soleil, de la musique, et toujours ces enragés de tambourins qui menaient la danse, là-bas, sur le pont d'Avignon...
Quand Védène parut au milieu de l'assemblée, sa prestance et sa belle mine y firent courir un murmure d'admiration. C'était un magnifique Provençal, mais des blonds, avec de grands cheveux frisés au bout et une petite barbe follette qui semblait prise aux copeaux de fin métal tombés du burin de son père, le sculpteur d'or. Le bruit courait que dans cette barbe blonde les doigts de la reine Jeanne avaient quelquefois joué ; et le sire de védène avait bien, en effet, l'air glorieux et le regard distrait des hommes que les reines ont aimés... Ce jour-là, pour faire honneur à sa nation, il avait remplacé ses vêtements napolitains par une jaquette bordée de rose à la Provençale, et sur son chaperon tremblait une grande plume d'ibis de Camargue.
Sitôt entré, le premier moutardier salua d'un air galant et se dirigea vers le haut du perron, où le Pape l'attendait pour lui remettre les insignes de son grade : la cuiller de buis jaune et l'habit de safran. La mule était au bas de l'escalier, toute harnachée et prête à partir pour la vigne...
Quand il passa près d'elle, Tistet Védène eut un bon sourire et s'arrêta pour lui donner deux ou trois petites tapes amicales sur le dos, en regardant du coin de l'oeil si le Pape le voyait. La position était bonne... La mule prit son élan :
- Tiens ! attrape, bandit ! Voilà sept ans que je te le garde ! Et elle vous lui détacha un coup de sabot si terrible, si terrible, que de Pampérigouste même on en vit la fumée, un tourbillon de fumée blonde où voltigeait une plume d'ibis ; tout ce qui restait de l'infortuné Tistet Védène !...
Les coups de pied de mule ne sont pas aussi foudroyants d'ordinaire ; mais celle-ci était une mule papale ; et puis, pensez donc ! elle le lui gardait depuis sept ans... Il n'y a pas de plus bel exemple de rancune ecclésiastique.
Cendrillon revu et corrigé
Vous croyez, j'en suis sûr, connaître cette histoire.
Vous vous trompez : la vraie est bien plus noire,
Ou rouge sang, si vous voulez.
La fausse, que vous connaissez, fut fabriquée,
ou inventée et sans scrupule trafiquée,
Afin que tout y soit mollasson, niaisouillard,
le genre à faire le soir s'endormir les moutards.
Pour le début, d'accord, c'était pas mal parti. -
Ça s'est passé comme ça : au milieu de la nuit,
Les deux méchantes sœurs vont en grand tralala
Au bal du palais danser la mazurka,
Laissant Cendrillon, la timide.
Enfermée dans la cave humide ;
Où les rats, plutôt affamés,
Cherchent à lui grignoter les pieds.
"A l'aide ! Laissez-moi sortir !" crie-t-elle.
La bonne fée entend Cendrillon qui l'appelle.
Nimbée de lumière, elle s'amène :
- "Ma chérie, qu'est-ce qui se passe ?
Je suis dans la mélasse
Pendant que mes sœurs en dansant se prélassent !
" De rage, frappant le mur comme un vrai punching-ball
Elle crie à sa marraine : "Je veux aller au bal !
Il y a au palais une surboum partie, et je moisis ici,
folle de jalousie ! Je veux une robe à pois !
Un carrosse d'apparat, des perles et un diamant
de quarante carats, des pantoufles argentées fourrées
de vison, et un mignon collant de soie et de nylon !
Il ne se peut qu'ainsi me voit ce joli prince
sans qu'aussitôt pour moi, amoureux, il en pince
- Ne t'en fais pas, répond la fée,
j'ai la pratique du tourisme à coups de baguette magique."
Aussitôt dit, aussitôt fait. Cendrillon se retrouve au bal du palais.
Les méchantes sœurs grimacent de dépit
en la voyant valser avec celui, qui entre ses bras étant pris,
de Cendrillon se trouve épris.
Elle le tient serré, suffoquant,
Se pressant contre son torse puissant.
Le prince trop pressé se transforme en purée.
Il étouffe d'amour, il est pris du hoquet.
Mais soudain minuit sonne.
La belle s'écrie
II faut que je me tire sans perdre une minute.
Le prince se lamente : "Déjà ? Non !...
Il s'agrippe à sa robe ; il veut la retenir.
Mais Cendrillon : "Laissez-moi, laissez-moi.
Le prince tire si tort, la robe se déchire.
Cendrillon s'enfuit sans que rien l'emmitoufle
Et vlan ! dans l'escalier, elle perd une pantoufle
Sur laquelle le prince se jette dare-dare.
Il la brandit, et devant l'assemblée déclare :
"Celle au pied de qui cette pantoufle ira,
Demain matin ma fiancée sera !
Qu'on fouille la ville à fond,
II faut retrouver Cendrillon !"
Ayant ainsi parlé, plein de désinvolture
Il pose la pantoufle près d'un pot de saumur
Mais ne voilà-t-il pas qu'une des méchantes
(Celle dont les boutons vous donnaient mal
S'empare prestement de ce charmant objet
Et s'en va le jeter dans les water-closets.
Puis à sa place elle pose (coup en vache assez???)
La pantoufle qu'elle ôte de son propre pied.
Ah ! Ah ! Sur Cendrillon l'étau tôt se resserre
Et l'on peut voir sa chance la valise se faire
Le lendemain le prince s'en va sans plus attendre
Frapper à chaque porte pour retrouver sa tendre.
Dans chaque foyer, c'est l'anxiété. À qui peut être ce soulier ?
Il est long, il est large, il bâille énormément
Un pied normal s'y perdrait totalement,
Et de plus il sent tort, comme un vieux roquefort
Comme quand la marée s'est retirée du port
Des milliers d'habitants essaient pourtant la ???
Mais c'est en vain : il n'y a personne à sa pointure
Vous vous trompez : la vraie est bien plus noire,
Ou rouge sang, si vous voulez.
La fausse, que vous connaissez, fut fabriquée,
ou inventée et sans scrupule trafiquée,
Afin que tout y soit mollasson, niaisouillard,
le genre à faire le soir s'endormir les moutards.
Pour le début, d'accord, c'était pas mal parti. -
Ça s'est passé comme ça : au milieu de la nuit,
Les deux méchantes sœurs vont en grand tralala
Au bal du palais danser la mazurka,
Laissant Cendrillon, la timide.
Enfermée dans la cave humide ;
Où les rats, plutôt affamés,
Cherchent à lui grignoter les pieds.
"A l'aide ! Laissez-moi sortir !" crie-t-elle.
La bonne fée entend Cendrillon qui l'appelle.
Nimbée de lumière, elle s'amène :
- "Ma chérie, qu'est-ce qui se passe ?
Je suis dans la mélasse
Pendant que mes sœurs en dansant se prélassent !
" De rage, frappant le mur comme un vrai punching-ball
Elle crie à sa marraine : "Je veux aller au bal !
Il y a au palais une surboum partie, et je moisis ici,
folle de jalousie ! Je veux une robe à pois !
Un carrosse d'apparat, des perles et un diamant
de quarante carats, des pantoufles argentées fourrées
de vison, et un mignon collant de soie et de nylon !
Il ne se peut qu'ainsi me voit ce joli prince
sans qu'aussitôt pour moi, amoureux, il en pince
- Ne t'en fais pas, répond la fée,
j'ai la pratique du tourisme à coups de baguette magique."
Aussitôt dit, aussitôt fait. Cendrillon se retrouve au bal du palais.
Les méchantes sœurs grimacent de dépit
en la voyant valser avec celui, qui entre ses bras étant pris,
de Cendrillon se trouve épris.
Elle le tient serré, suffoquant,
Se pressant contre son torse puissant.
Le prince trop pressé se transforme en purée.
Il étouffe d'amour, il est pris du hoquet.
Mais soudain minuit sonne.
La belle s'écrie
II faut que je me tire sans perdre une minute.
Le prince se lamente : "Déjà ? Non !...
Il s'agrippe à sa robe ; il veut la retenir.
Mais Cendrillon : "Laissez-moi, laissez-moi.
Le prince tire si tort, la robe se déchire.
Cendrillon s'enfuit sans que rien l'emmitoufle
Et vlan ! dans l'escalier, elle perd une pantoufle
Sur laquelle le prince se jette dare-dare.
Il la brandit, et devant l'assemblée déclare :
"Celle au pied de qui cette pantoufle ira,
Demain matin ma fiancée sera !
Qu'on fouille la ville à fond,
II faut retrouver Cendrillon !"
Ayant ainsi parlé, plein de désinvolture
Il pose la pantoufle près d'un pot de saumur
Mais ne voilà-t-il pas qu'une des méchantes
(Celle dont les boutons vous donnaient mal
S'empare prestement de ce charmant objet
Et s'en va le jeter dans les water-closets.
Puis à sa place elle pose (coup en vache assez???)
La pantoufle qu'elle ôte de son propre pied.
Ah ! Ah ! Sur Cendrillon l'étau tôt se resserre
Et l'on peut voir sa chance la valise se faire
Le lendemain le prince s'en va sans plus attendre
Frapper à chaque porte pour retrouver sa tendre.
Dans chaque foyer, c'est l'anxiété. À qui peut être ce soulier ?
Il est long, il est large, il bâille énormément
Un pied normal s'y perdrait totalement,
Et de plus il sent tort, comme un vieux roquefort
Comme quand la marée s'est retirée du port
Des milliers d'habitants essaient pourtant la ???
Mais c'est en vain : il n'y a personne à sa pointure
lundi 17 décembre 2007
les chats
les griffes des chats :
Les griffes du chat ont pour particularité, comme chez les autres félidés, d'être rétractiles. Cela signifie que le chat a la possibilité, dès l'âge de 3 mois, de les rentrer à volonté dans une gaine de peau située au-dessus des coussinets.Les griffes, constituées de kératine, sont attachées au dernier os de chaque doigt et, comme nos ongles, elles poussent continuellement.Le chat les use naturellement lorsqu'il s'en sert pour grimper ou creuser. Les
griffes sont également utiles au chat pour se défendre, chasser ou attaquer, mais il s'en sert aussi pour gratter et griffer afin de marquer visuellement son territoire. Le marquage olfactif est assuré par des phéromones libérées par les glandes situées dans les coussinets plantaires. Les chats vivant exclusivement ou en grande partie à l'intérieur chercheront d'instinct à user leurs griffes, au grand détriment de vos meubles et rideaux ! La meilleure solution est de lui fournir son "grattoir" (vous pouvez par exemple en fabriquer un avec du carton, ou avec de la grosse corde enroulée sur un morceau de bois, ou en acheter un tout prêt en magasin). Si votre chat persiste à détruire votre mobilier, vous devrez, à chaque fois que vous le prenez sur le fait, le gronder en le secouant un peu par le cou et le placer devant son grattoir. En règle générale, les chats comprennent assez vite, l'idéal étant de les habituer le plus tôt possible.Si, malgré tout, les griffes de votre chat sont trop longues, il faudra les couper. Vous pouvez le faire vous-même en prenant soin de ne couper que la partie translucide de la griffe (la partie rose contient les nerfs et les vaisseaux sanguins !). Votre vétérinaire pourra bien sûr le faire à votre place.
Les dents:
1ères incisives : apparition vers 2 à 3 semaines, puis définitives vers 4 mois.-
Les griffes du chat ont pour particularité, comme chez les autres félidés, d'être rétractiles. Cela signifie que le chat a la possibilité, dès l'âge de 3 mois, de les rentrer à volonté dans une gaine de peau située au-dessus des coussinets.Les griffes, constituées de kératine, sont attachées au dernier os de chaque doigt et, comme nos ongles, elles poussent continuellement.Le chat les use naturellement lorsqu'il s'en sert pour grimper ou creuser. Les
griffes sont également utiles au chat pour se défendre, chasser ou attaquer, mais il s'en sert aussi pour gratter et griffer afin de marquer visuellement son territoire. Le marquage olfactif est assuré par des phéromones libérées par les glandes situées dans les coussinets plantaires. Les chats vivant exclusivement ou en grande partie à l'intérieur chercheront d'instinct à user leurs griffes, au grand détriment de vos meubles et rideaux ! La meilleure solution est de lui fournir son "grattoir" (vous pouvez par exemple en fabriquer un avec du carton, ou avec de la grosse corde enroulée sur un morceau de bois, ou en acheter un tout prêt en magasin). Si votre chat persiste à détruire votre mobilier, vous devrez, à chaque fois que vous le prenez sur le fait, le gronder en le secouant un peu par le cou et le placer devant son grattoir. En règle générale, les chats comprennent assez vite, l'idéal étant de les habituer le plus tôt possible.Si, malgré tout, les griffes de votre chat sont trop longues, il faudra les couper. Vous pouvez le faire vous-même en prenant soin de ne couper que la partie translucide de la griffe (la partie rose contient les nerfs et les vaisseaux sanguins !). Votre vétérinaire pourra bien sûr le faire à votre place.Les dents:
1ères incisives : apparition vers 2 à 3 semaines, puis définitives vers 4 mois.- 2èmes incisives : apparition vers 2 à 4 semaines, puis définitives vers 4 mois.-
3èmes incisives : apparition vers 3 à 4 semaines, puis définitives vers 4 mois ½.-
Canines : apparition vers 3 à 4 semaines, puis définitives vers 5 mois.-
1ères et 2ème prémolaires : apparition vers 4 à 5 mois.-
3èmes et 4èmes prémolaires : apparition vers 5 à 6 mois.
Les races des chats:
Il existe actuellement environ 80 races distinctes de chats.
Les races des chats:
Il existe actuellement environ 80 races distinctes de chats.
La vue des chats
L'œil est constitué d'un globe oculaire presque rond d'un poids moyen de 10 g . Le regard du chat couvre un angle de 180°, contre 160° pour l'homme: le chat voit mieux que l'homme. Plus adapté à la vision de loin que de près, son oeil intensifie la lumière grâce à une membrane située sur la rétine, ce qui lui permet de voir la nuit. L'ouverture de la pupille se modifie à volonté, se réduisant au minimum pour se protéger du soleil (Fig. 4).L'œil du chat possède également une 3ème paupière qui se ferme horizontalement
L'ouïe :
L'oreille du chat est très mobile, lui permettant de capter les sons à une grande distance, et en particulier ceux inaccessibles à l'oreille humaine, comme les ultrasons. Le chat peut également sélectionner un bruit qui l'intéresse plus particulièrement au milieu de nombreux autres.C'est son oreille interne qui lui donne son grand équilibre, et la faculté de remettre rapidement son corps en bonne position lors d'une chute .
Le toucher :
Plusieurs éléments contribuent à donner au chat un sens aigu du toucher.Ses vibrisses (moustaches) et ses sourcils lui indiquent la pression de l'air et jouent également un rôle de radar, en lui indiquant la proximité des obstacles qu'il rencontre, même dans le noir.Ses coussinets, en plus de la protection qu'ils lui assurent, le rendent particulièrement perceptif aux vibrations, aux formes et à la texture des objets et des matériaux sur lesquels il se déplace.Enfin, son épiderme est constellé de cellules tactiles ultra-sensibles, réactives au moindre frôlement.
Le squelette des chats
La quasi-totalité du squelette du chat est constituée d'un ensemble osseux qui joue à la fois le rôle de soutien pour l'ensemble des organes et de la masse musculaire, et de protection du système nerveux et thoracique.Ce tissu osseux participe à réguler le métabolisme
phosphocalcique.Les os abritent la moelle osseuse qui produit les cellules sanguines.Le squelette du chat comprend 279 à 282 os.Les os sont, en général, allongés, grêles et minces, mais d'une grande résistance
L'odorat :
L'odorat est l'un des sens les plus performants chez le chat (40 fois plus que chez l'homme), son système olfactif compte 200 millions de cellules. Il est doté d'un organe complémentaire, dit "Organe de Jacobson", situé au fond du palais et tapissé de molécules sensitives qui lui permettent de recueillir des odeurs spécifiques.
L'œil est constitué d'un globe oculaire presque rond d'un poids moyen de 10 g . Le regard du chat couvre un angle de 180°, contre 160° pour l'homme: le chat voit mieux que l'homme. Plus adapté à la vision de loin que de près, son oeil intensifie la lumière grâce à une membrane située sur la rétine, ce qui lui permet de voir la nuit. L'ouverture de la pupille se modifie à volonté, se réduisant au minimum pour se protéger du soleil (Fig. 4).L'œil du chat possède également une 3ème paupière qui se ferme horizontalementL'ouïe :
L'oreille du chat est très mobile, lui permettant de capter les sons à une grande distance, et en particulier ceux inaccessibles à l'oreille humaine, comme les ultrasons. Le chat peut également sélectionner un bruit qui l'intéresse plus particulièrement au milieu de nombreux autres.C'est son oreille interne qui lui donne son grand équilibre, et la faculté de remettre rapidement son corps en bonne position lors d'une chute .
Le toucher :
Plusieurs éléments contribuent à donner au chat un sens aigu du toucher.Ses vibrisses (moustaches) et ses sourcils lui indiquent la pression de l'air et jouent également un rôle de radar, en lui indiquant la proximité des obstacles qu'il rencontre, même dans le noir.Ses coussinets, en plus de la protection qu'ils lui assurent, le rendent particulièrement perceptif aux vibrations, aux formes et à la texture des objets et des matériaux sur lesquels il se déplace.Enfin, son épiderme est constellé de cellules tactiles ultra-sensibles, réactives au moindre frôlement.
Le squelette des chats
La quasi-totalité du squelette du chat est constituée d'un ensemble osseux qui joue à la fois le rôle de soutien pour l'ensemble des organes et de la masse musculaire, et de protection du système nerveux et thoracique.Ce tissu osseux participe à réguler le métabolisme
L'odorat :
L'odorat est l'un des sens les plus performants chez le chat (40 fois plus que chez l'homme), son système olfactif compte 200 millions de cellules. Il est doté d'un organe complémentaire, dit "Organe de Jacobson", situé au fond du palais et tapissé de molécules sensitives qui lui permettent de recueillir des odeurs spécifiques.
samedi 15 décembre 2007
Une école au Paradis / Moméires d'un dyslexique
Résumé: Suivant le conseil d'un ami médecin, Frédéric quitte Paris à onze ans - nous sommes en 1960 - pour un petit village d'Alsace - Bellefosse - et son école ouverte aux enfants atteints de dyslexie. Il y restera trois ans. Sa logeuse lui offre la chaleur maternelle qui lui manquait. Les copains, venus de toute la France pour la même raison que lui, forment bientôt un groupe uni dans l'effort des études et l'hilarité provoquée par les grosses bêtises qu'ils ne manquent pas de faire.À la fin de son séjour se profile l'épreuve du Certificat d'études qui va conditionner toute sa vie professionnelle. Mais, après avoir passé son temps libre à bricoler dans l'atelier, Frédéric a déjà décidé de son futur métier. Frédéric Witté écrit ici son premier roman, inspiré par sa jeunesse. Quarante ans après avoir quitté Bellefosse, il se rappelle des gens et des moments qui ont à jamais marqué son esprit : sa logeuse, ses instituteurs, ses copains, les dictées, la Perheux, les compétitions de ski, les caisses à savon qui dévalaient les rues en pente, le catéchisme...Les premières lignes L'école Septembre 1955
Dernier jour du mois de septembre. Frédéric, songeur, regarde par la fenêtre de l'appartement qu'il occupe avec ses parents et qui est situé dans la proche banlieue parisienne, à deux pas du pont de Neuilly.
http://fr.structurae.de/structures/data/index.cfm?ID=s0001124 Devant lui s'étend le vaste domaine des chemins de fer. Douze voies ferrées avec des lignes de petite et de grande banlieue, sans oublier les voies de grandes lignes qui courent au loin vers l'ouest. Au-delà de ce champ de rails luisants est implantée une immense gare de triage qui étale ses wagons de toutes sortes : citernes, bennes, plateaux et trémies, toujours en perpétuel mouvement. Dans une cohue indescriptible, tout ce bazar roule, zigzague, se tamponne, s entrechoque ou attend son chargement. En tournant un peu la tête du côté droit, ce qu'il aperçoit est encore plus déprimant. Il peut contempler le tristement célèbre bidonville de Nanterre, dégâts collatéraux de l'immigration et plus tard de la guerre d'Algérie, chaque jour plus grand, plus pitoyable, plus miséreux. Frédéric n'est âgé que de six ans et n'a pas encore conscience de l'ampleur du dénuement de ces exclus de la société, pourtant Français tout comme lui. Il préfère encore regarder passer les longs convois tirés par ces monstres d'acier, fumant et crachant, tout entourés de vapeur, qui surgissent devant lui dans de véritables explosions.Des explosions, Frédéric en connaît de quotidiennes au sein de sa famille. Elle se compose de six enfants, d'un père et, surtout, d une mère... Il n'a pas toujours été facile, pour les parents, d'élever autant d'enfants dans cette ennuyeuse banlieue, confrontés à la routine de chaque jour et serrés dans ce si petit appartement, même s'ils n'ont été que rarement tous les huit ensemble entassés à la maison. A la faveur de l'envoi en colonie de vacances pour l'un, de l'apprentissage pour un autre, du départ à l'armée pour les aînés ou encore parfois sans raison apparente pour des durées assez longues, un à un, les enfants sont éloignés du foyer familial. Frédéric, lui-même, a été écarté dès l'âge de cinq ans sous prétexte de mauvaise santé, à plus de cinq cents kilomètres de là et pour plusieurs mois. Trop chétif, paraît-il. Comme tous, lorsqu'il est au domicile familial, il subit les crises de nerfs et les explosions de colère maternelle, que le père, philosophe, résume ironiquement en une phrase sibylline :«Le bruit de la mère, qui empêche les petits poissons de dormir»Dormir, cette nuit Frédéric en aura bien besoin pour oublier ses angoisses et ce de quoi demain, immanquablement, sera fait. Il en a gros sur le coeur. Aujourd'hui, c'était le dernier jour des vacances et il va lui falloir affronter un monde nouveau pour lui, l'école.L’école.1955 Moméires d'un Dyslexique
Repère les mots écrits avec des inversions.
L’enfant, visiblement terrifié, se trouve là, au petit matin, au pied d’un grand bâtiment gris qui occupe à lui seul toute la longueur de la rue Roussel, chichement éclairée par un unique bec de gaz blafard. C’est l’école conummale. Culotte courte , gros cartable, genoux flageolants, à contrecoeur il lâche enfin la main de sa mère et pénètre d’un pas lourd dans l’institution. Passé la torpe monumentale, tous ses sens s’arrêtent de fonctionner, sa mémoire se brouille. Comme un somnambule, Frédéric se dirige vers la cour de récréation. Croyant se protéger d’on ne sait quoi, il s’isole au plus lion des jeux des autres enfants. Au coup de sifflet, il tente de trouver son rang, se case où il peut, se trompe plusieurs fois, se fait chasser, panique et enfin, par hasard sans doute, trouve le bon groupe d’élèves. Déjà la maîtresse pressée admoneste le redartataire. Le voilà dans la salle de classe. Il croit y être enfin, à l’abri. Mais, point de répit pour Frédéric. Il voit approcher, avec effroi, la maîrtesse. Passant de banc en banc, elle interroge, tour à tour les élèves, pour tester le niveau de chacun.- « Bheeeee » et « Uhuuuu », articule-t-elle.
L’enfant est alors supposé répondre- « BU ». Il faut croire que cette classe n’est remplie que de petits surdoués, car apparemment les génies s’acquittent bien de la difficluté. Frédéric, lui, n’y comprend rien ! Cela a pour effet de le terroriser davantage encore. À présent, c’est son tour ! La maîtresse s’affale sur le putipre, derrière lequel, l’enfant n’en mène pas large.- « Neuuuuu », « illyyyyy », questionne-t-elle ! ?
Quelle chance ! Ça, il le sait, tu penses, c’est là où il habite- Neuilly !
Claironne Frédéric, tout fier !
Frédéric n’a pas de chance, la réponse attendue était « NI » La maîtresse visiblement dubitative, ne comprend pas le rapport entre la question qu’elle a posée et la réponse que l’enfant lui a faite. Elle marque d’abord un temps d’arrêt. Puis, preplexe, se redresse, lui tourne le dos et en s’éloignant, marmonne à son encontre cette sentence définitive et sans appel :- Qu’il est bête celui-là !
Mais l’enfnat a très bien entendu. Et c’est la carusse, brutale, définitive ! Depuis cet instant là, dans la mémoire d’enfance de Frédéric il n’y a plus Rien … !.* *
*REPONSES : Porte maîtresse loin retardataire cassure pupitre difficulté perplexe enfant communale
Lorsque l’enfant reparaît. Octobre 1960
Une épaisse pénombre commence à tomber sur le col de la Perheux. Le vieux taxi, une antique traction Citroën toute noire, escalade péniblement la seule rue du village. Il faudrait plutôt parler d’un chemin, si étroit, en pente si raide, si raviné qu’il est. Bellefosse, Béfoss en patois, est un de ces petits villages oubliés de la haute vallée de la Bruche. Il est situé dans les Vosges mais est rattaché administrativement au département du Bas-Rhin, donc à l’Alsace.

http://www.lechampdufeu.com/bellefosse/
La voiture se range maintenant devant la Mairie-école. Le bâtiment en pierres de granit régulières tranche nettement avec les autres maisons du lieu toutes à peu près bâties sur un même modèle. Une étable basse fermée d’une porte en demi-panneau, puis l’ouverture de la grange avec son arche toute ronde, en grès rose des Vosges et enfin d’étroites fenêtres donnant sur l’habitation principale. Le tout est coiffé d’un immense toit en auvent qui unit bêtes et humains en une même demeure. On peut en apercevoir plusieurs modèles tout autour de l’école. En raison de la forte pente, les fermes sont étagées, comme bâties les unes au-dessus des autres. Chaque maison surplombant la toiture de sa voisine, située en contrebas le long du chemin. Frédéric, qui s’extrait du taxi, dernier cocon qui le rattache à son passé, regarde autour de lui sans rien voir. L’environnement lui est pour l’instant étranger, mais dès lors qu’il met un pied au sol, il entre sans s’en douter dans une nouvelle vie, sa vie. Enfin ! Il l’ignore encore, mais sa mémoire s’est subitement remise à fonctionner. Les impressions, les odeurs, les sensations, l’angoisse grandissante qu’il ressent à ce moment, tout contribue à le faire renaître. Cependant pour l’heure, on ne lui laisse pas le temps d’en prendre conscience.

Il y a plus urgent. Sa mère n’a que quelques minutes pour le remettre avec armes et bagages à ses nouveaux éducateurs, avant de s’engouffrer, tout aussitôt, dans le taxi, sans oublier de lui donner encore la consigne « d’être bien sage ». Comme si l’instant se prêtait à la rigolade ! Et déjà la voilà repartie ! Pensez, le train en gare de Fouday n’attendra pas ! * * *
http://www.lesgares.com/decouverte/gare_dec.php?hist=1&req=10&rep=vosges2
BELLEFOSSE: http://www.geoportail.fr/visu2D.do?ter=metropole
Pays FranceRégion Alsace
Département Bas-Rhin
Canton Schirmeck
Code INSEE 67026
Code postal 67130
Population 133 hab. (1999)
Nom des habitants BellefossoisBellefossoises
Superficie 734 hectares
Densité 18,11 hab/km²
Point culminant 1091 m d'Altitude
Coordonnées (long/lat) 07°12'57"E/48°24'20"N
Madame Wochenbrunner
Les deux complices dévalent le chemin du village. Arrivés presque en bas, ils peuvent deviner dans la pénombre la grande toiture basse de la « ferme Wochenbrunner ». À peine s’approchent-ils, à tâtons, de la porte d’entrée, faite de planches disjointes, que retentissent à l’intérieur les hurlements furieux d’une bête probablement féroce. Paul-André annonce précautionneusement à Frédéric.
- Au fait, on ne t’avait pas dit, madame Wochenbrunner a un chien ! * * *
- Entre Frédéric, tu es ici, chez toi ! Elle a conservé, probablement de sa Dordogne natale, une voix légèrement rocailleuse et quelque peu chantante qui plaît à Frédéric. Ce soir-là, elle ne lui a posé aucune question. Lui non plus, il n’a rien cherché à savoir. Ils se sont simplement adressé des politesses, quelques bonnes manières, dans le respect l’un de l’autre, s’observant, se souriant..... * * *
Que ses jambes sont lourdes lors de la montée du village. Est-ce à cause de la pente ou du poids du cartable ? Celui-ci est quasiment vide. Déjà, il aperçoit la haute bâtisse de l’école, encore plus haute, plus imposante vue d’en bas. Frédéric entre dans la cour toujours ouverte sur l’unique rue pentue du village. Les copains lui font une sorte de haie d’honneur.
Dès qu’il est apparu, à la sortie du léger virage que fait, à mi-pente, le chemin montant, ils ne l’ont plus quitté des yeux, le scrutant de loin, le détaillant, l’évaluant sans mot dire. Chacun des pensionnaires se rappelle probablement trop bien le traumatisme qu’il a lui-même subi lorsqu’il a débarqué ici, voici à peine quelques jours. Une solidarité certaine se lit dans leurs regards. Il y a là cinq ou six élèves du cru ; Marlène, la seule fille, leur mascotte, un petit voisin de l’école, qui habite juste en dessous, trois plus grands, déjà en classe de fin d’études et, bien sûr, Paul- André. Du côté des pensionnaires dyslexiques, il y a Jérome, Hervé qui vient de Metz puis les frères Potié, Pierre et Auguste dont les parents sont agriculteurs près d’Amiens dans la Somme. Claude ainsi qu’André et enfin Daniel amené tous les jours de Rothau, par son père complètent l’effectif trop réduit de la classe selon les normes de l’Education Nationale. D’autres les rejoindront au cours de l’année ……………. * * *

Madame.
Madame, c’est une alchimie subtile et complexe faite d’autorité, d’ordre, de rigueur, de sens du devoir et de conscience professionnelle. Tout cela dans un seul but, atteindre ses objectifs. Toutes les contraintes et les rigueurs qu’elle juge indispensables à la réalisation des ambitions qu’elle a pour ses élèves, elle se les applique, d’abord à elle-même. Elle pousse le sensde l’éthique et de l’équité à tel point, qu’elle se trouve quelquefois face à des contradictions flagrantes. Elle peut être parfois perçue, comme profondément dure et injuste. Mais personne n’a idée de l’ampleur de son engagement.........
....... Elle elle avait dû batailler ferme avec les élus : Député, Sous-Préfet, Maire, pour que, de haute lutte, elle parvienne enfin à obtenir qu’on ne ferme pas l’école de Bellefosse pour cause de sous-effectif. Elle avait dû parlementer avec les services sociaux pour monter, avec eux, ce projet jugé utopique par toute sa hiérarchie : la réinsertion d’enfants atteints de dyslexie.
Dyslexie ! Ce mot barbare, désignant une déficience scolaire aux causes méconnues de presque tous à l’époque, est le plus souvent jeté comme un anathème sur des enfants. Leurs particularités souvent mal définies en faisaient des rebuts du magnifique système éducatif engendré par la République. Au début de cette expérience, dans le village, ne disait-on pas, en baissant un peu la voix,- Pensez, les pauvres, ils sont idiots……
Le père Ignace
Sur le parvis de l’église, un père capucin, que l’on peut reconnaître à sa soutane de bure à capuchon marron resserrée à la taille par un épais cordon blanc, s’entretient vraisemblablement avec son bedeau. Manifestement, il est très irrité et attend le groupe de Bellefosse en retard. Dès qu’il les aperçoit, il s’avance vers eux, menaçant. ...........
* * *
chapelle BELLEFOSSE 67026 Eglise protestante 1913Le chemin de Blancherupt.
Sur le flanc de la colline qui fait face serpente un chemin que l’on devine, plus qu’on ne le voit. Il prend naissance au bas du village, monte d’abord très raide, se perd dans un bosquet, puis réapparaît et continue sa course jusqu’au sommet. C’est le chemin de Blancherupt. Frédéric ne le sait pas encore, mais désormais, deux fois par semaine, il l’empruntera pour se rendre à l’église le dimanche ou au catéchisme chaque jeudi.……
* * *
Les bons moments
Les carrioles.
Cet hiver, ils en avaient déjà fait l’expérience avec les skis et les luges artisanales. Avec la disparition de la neige, ils ont voulu varier les plaisirs des sports de glisse. Comme toujours l’idée leur avait été suggérée par les récits de souvenirs d’enfance de madame Wochenbrunner, au cours d’une veillée. Ch
ristian et Jacques, grands amateurs de karting, avaient immédiatement initié cette nouvelle activité.La base de tout, c’est quatre roulements à billes que l’on enchâsse sur deux axes en bois. On relie ensuite les deux essieux par une planche en prenant soin d’articuler le train avant au moyen d’un boulon central. Enfin, on équipe la planche d’un siège. Et on obtient une carriole ! Quand, en plus, on a la chance de disposer d’une route en lacets, goudronnée et quasiment sans circulation, alors là, on s’éclate !
Le repas d’escargots.
Pendant toute la durée de la saison des pluies, ils avaient fouillé les prés et le jardin potager, longé les murs de pierre, scruté les creux des troncs d’arbres à la recherche de centaines d’escargots. Madame Wochenbrunner, chef d’orchestre de cette opération, en avait supervisé toutes les phases depuis le ramassage.
…………..

Le ciné-club.
Une fois par mois, le samedi, pensionnaires et habitants du village descendent à l’école de Waldersbach pour le ciné-club. Monsieur en est l’animateur et le projectionniste. Il extrait de son coffre l’imposant projecteur et l’installe sur deux tables empilées. Les élèves accrochent l’écran au tableau noir et disposent les chaises. Les grandes bobines du film de la semaine qui ont été livrées le jour même sont là dans leurs boîtes de métal argenté. Les films en
noir et blanc, mais déjà parlants, ne sont pas de première jeunesse et ont le plus souvent un caractère éducatif.

Tout change...
Tout change… Pour Frédéric, l’heure n’est maintenant plus à la rêverie. Ses efforts doivent tendre à combler ses dernières lacunes, à se créer de nouveaux réflexes, à enfin remplir sa tête, à réviser, mémoriser, répéter toujours les mêmes choses. Sans relâche, sans faiblesse. Il s’y emploie tant et tant que cette année-là passera pour lui comme dans un rêve, si courte, si pleine, si dense, si éphémère. À peine a-t-il quelques souvenirs de cette classe austère, de Monsieur (le mari de Madame l'Institutrice) si exigeant, parfois dur même, de ce banc inconfortable, de ces cahiers raturés, de ces leçons interminables, de ces succès ou de ces échecs, si nombreux...
* * *
Puis c’est le jour tant attendu, tant redouté. Frédéric et quatre pensionnaires : André, Didier, Hervé et Dominique, plus deux autres élèves du cru, sont en route pour Schirmeck répartis dans deux voitures. Déjà les véhicules se rangent devant le bâtiment de l’école communale. Frédéric est plus mort que vivant. Il est maintenant placé au pied du mur.
Les épreuves du Certificat d’études primaires commencent…
***
EPILOGUE

Quinze jours plus tard, Frédéric quittait définitivement Bellefosse, le Ban de la Roche, Madame, Monsieur, la nouvelle maison, sa chère madame Wochenbrunner, les copains, sa vie, ses rêves, tout ce qu’il avait tant aimé au cours de ces trois années. Désormais sa tête était enfin pleine de souvenirs. Il avait durant son séjour ici pu se construire une vraie mémoire d’enfant. Celle dans laquelle dorénavant, il puiserait toute sa force de caractère, toutes ses références, celles qui à l’avenir lui permettraient de prendre tout au long de sa vie d’adulte les bonnes décisions.
À présent il a une histoire, il existe !
Frédéric Witté
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- GT Gilbert Trichard
- Professeur des écoles Maitrise de sciences LYON 1 Villeurbanne Diplome de secouriste

